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Mount Gay Eclipse : notre avis sur ce rhum emblématique de la Barbade

Par Olivia

Mount Gay Eclipse : notre avis sur ce rhum emblématique de la Barbade

On l'a tous croisée sans forcément y prêter attention : la bouteille ronde au liseré rouge et or, posée derrière le comptoir entre deux marques plus tapageuses. Le Mount Gay Eclipse, c'est le rhum d'entrée de gamme d'une maison qui revendique un titre vertigineux : celui de plus ancienne distillerie de rhum encore en activité, à la Barbade, attestée par un document de 1703. Autour de 27 € la bouteille, mérite-t-il vraiment cette aura, et jusqu'où faut-il monter dans la gamme pour se faire plaisir ? On a rempli le verre pour vous répondre sans détour.

1703, la Barbade et la doyenne des distilleries

Commençons par remettre l'église au milieu du village. La Barbade est généralement considérée comme le berceau du rhum caribéen moderne : c'est sur cette petite île anglophone que l'on trouve, dès le milieu du XVIIe siècle, les premières mentions écrites d'un alcool de canne distillé, ce kill-devil que décrivait déjà le voyageur Richard Ligon en 1657. Si le rhum a une patrie historique, c'est bien celle-là.

Mount Gay s'inscrit pile dans cet héritage. Le plus ancien titre de propriété conservé du domaine, daté de février 1703, mentionne déjà une still house, une maison de distillation, sur la plantation de Mount Gilboa. On distillait donc là avant cette date : c'est ce parchemin, et non un acte de fondation, qui vaut à la maison son fameux titre de plus ancienne distillerie de rhum encore en activité. La nuance mérite d'être posée, car le marketing arrondit parfois les angles. Le nom « Mount Gay » n'apparaît qu'en 1801, et l'Eclipse, sa première cuvée de marque, en 1910 : 1703 est la plus vieille trace écrite connue, pas l'anniversaire de la bouteille que vous tenez.

D'où vient ce nom, au fait ? Quand John Sober rachète Mount Gilboa en 1747, il en confie la gestion à Sir John Gay Alleyne, planteur et homme politique qui fait beaucoup pour la réputation du domaine. À sa mort, en 1801, la famille rebaptise les lieux en son honneur. Un « Mount Alleyne » existant déjà sur l'île, on retient son deuxième prénom : Gay. La maison appartient aujourd'hui au groupe français Rémy Cointreau, qui en contrôle la marque et la distillerie depuis 2014, après être entré au capital dès 1989. Pour situer la Barbade dans le grand tableau, notre guide du rhum de la Barbade fait le tour des grandes maisons de l'île.

Comment se fabrique l'Eclipse

Le Mount Gay est un rhum de mélasse, dit « traditionnel », et non un rhum agricole de pur jus de canne comme ceux de la Martinique. Si la distinction vous échappe encore, on la démêle dans notre article rhum agricole ou traditionnel. L'Eclipse est un assemblage de deux distillats : un rhum léger de colonne et un rhum plus gras issu d'un alambic à repasse en cuivre à double retour, le fameux double retort pot still bajan. L'eau, elle, provient d'un puits artésien du domaine de Saint Lucy, à la pointe nord de l'île, filtrée naturellement par le socle de calcaire corallien de la Barbade.

L'assemblage vieillit ensuite environ deux ans en fûts de chêne américain ayant contenu du whiskey (typiquement d'ex-bourbon), fortement toastés. Petite précision qui a son importance : la bouteille ne porte aucun compte d'âge, et cette maturation courte explique sa robe ambré clair. Ne vous fiez pas non plus aux fiches qui annoncent « 2 à 7 ans » : elles confondent l'Eclipse actuel avec d'anciennes versions du Black Barrel.

Bon point pour un rhum aussi grand public : Mount Gay affirme ne pas ajouter de sucre à ses rhums, et sa fiche nutritionnelle officielle indique 0 g de sucre. Aucun monopole scandinave ne publie de mesure hydrométrique pour l'Eclipse, mais les tests indépendants menés sur le Black Barrel de la maison tournent autour de 0 à 5 g/L, ce qui va dans le sens d'une absence de dosage. On est loin, ici, des rhums-desserts très sucrés dont on vous apprend à repérer le sucre ajouté : ce que vous goûtez vient du bois, pas d'un sirop.

Reste ce nom, « Eclipse », qui intrigue toujours. La maison raconte que sa première cuvée de marque, en 1910, aurait été baptisée en hommage à une éclipse solaire survenue cette année-là. Jolie légende de maison, qu'il faut prendre pour ce qu'elle est : l'éclipse totale de mai 1910 n'était en réalité pas visible depuis la Barbade. L'histoire est belle, elle n'en fait pas un fait astronomique.

CritèreMount Gay Eclipse
TypeRhum de mélasse traditionnel (assemblage colonne + pot still)
OrigineBarbade (domaine de Saint Lucy)
ÉlevageEnviron 2 ans en fûts de chêne américain ex-whiskey (sans compte d'âge)
Degré40 % vol.
Sucre ajoutéAucun (déclaration du producteur)
ProfilSec, banane et vanille, épices douces, bois toasté
Prix indicatif~ 22 à 30 € les 70 cl
Notre note14/20

À la dégustation : notre avis sincère

Dans le verre, l'Eclipse arbore une robe or ambré, plutôt claire. Le nez est engageant sans être bavard : de la banane mûre, de la vanille, une pointe de caramel et d'amande, portées par le côté toasté du fût. On tient là une signature très bajanne, franche et propre.

En bouche, l'attaque est souple, à peine ronde, puis le rhum se révèle plus sec qu'on ne l'attendait, avec des notes de vanille, de fruits secs et un boisé épicé discret. Le corps est moyen, sans lourdeur ; à 40 %, l'alcool reste bien fondu. La finale est courte à moyenne, sèche, légèrement poivrée. Rien de spectaculaire, mais rien de faux non plus : c'est droit, honnête, et l'absence de sucre ajouté s'y ressent nettement.

L'Eclipse ne joue pas la carte de la complexité, il joue celle de la fiabilité. Un rhum de tous les jours, sans maquillage, qui fait exactement ce qu'il promet.

Bu pur, il séduira qui aime les rhums secs et sans esbroufe, mais paraîtra un peu simple à un amateur de vieux rhums. C'est logique : à ce prix et à cet âge, on tient un excellent rhum de mélange et d'apéritif, pas une bouteille de méditation. Pour ça, la maison garde d'autres cartes dans sa manche.

Eclipse, Black Barrel, XO : jusqu'où monter ?

L'Eclipse est la porte d'entrée d'une gamme cohérente, et c'est en montant d'un cran que Mount Gay devient vraiment passionnant à déguster :

  • Eclipse (40 %, ~27 €) : l'entrée de gamme polyvalente, taillée pour les cocktails et la découverte.
  • Black Barrel (43 %) : un assemblage plus riche en distillats de pot still, vieilli autour de 3 à 7 ans puis fini six mois en fûts d'ex-bourbon très charbonnés. Plus épicé, plus profond, c'est le choix malin pour un Old Fashioned au rhum ou une première dégustation sérieuse. Sur le rôle de ces finitions, voir notre article sur les finitions en fût.
  • XO Triple Cask (43 %) : des rhums de 5 à 17 ans mariés dans trois familles de fûts (ex-whiskey, ex-bourbon et cognac). Rond et boisé, c'est le rhum de dégustation de la maison.

Au-dessus trônent des éditions rares comme la 1703 Master Select, assemblage de rhums très âgés réservé aux amateurs avertis. Mais pour se faire une idée juste du style bajan, le trio Eclipse–Black Barrel–XO suffit amplement.

Comment le boire ?

L'Eclipse est un rhum de cocktail avant tout. Il donne un rhum-cola autrement plus digne que la moyenne (on vous aide à choisir le bon rhum pour un rhum-coca), et il se glisse très bien dans un daiquiri, où son côté sec fait merveille. Sur glace avec un zeste d'orange, il compose aussi un apéritif honnête. En revanche, oubliez le ti-punch : ça, c'est le terrain du rhum agricole. Si vous débutez et cherchez une valeur sûre pour vous lancer, il figure sans rougir dans notre sélection de rhums pour commencer.

Comme toujours, ces plaisirs se savourent avec modération : un bon rhum se déguste, il ne se descend pas.

Notre verdict

Le Mount Gay Eclipse n'est pas le rhum qui vous fera lever un sourcil d'émerveillement, et il ne cherche pas à l'être. C'est un classique bajan honnête, sec, sans sucre ajouté, vendu à un prix très raisonnable par la doyenne des distilleries de rhum. Comme rhum de mélange et d'apéritif du quotidien, il coche toutes les cases ; pour la dégustation pure, on vous invite à grimper vers le Black Barrel ou le XO. À côté d'un El Dorado 12 ans plus rond ou d'un Appleton 12 ans plus racé, l'Eclipse joue dans une catégorie plus modeste. Mais à son prix, il reste une porte d'entrée idéale vers le rhum de la Barbade.

Note : 14/20. Un excellent rapport qualité-prix, à condition de savoir ce qu'on achète : un bon rhum du quotidien, pas un trésor de cave.

Sources : fiche officielle Mount Gay Eclipse, Mount Gay — 321 ans, Rémy Cointreau — Mount Gay.

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