Avis & Tests
Rhum Negrita : notre avis sur le rhum ambré des pâtissiers (composition, sucre, prix)
Par Olivia
Le Negrita, c'est la bouteille ambrée qu'on trouve au rayon pâtisserie autant qu'au rayon spiritueux, celle des crêpes de la Chandeleur et du baba du dimanche. Que contient-elle ? Un assemblage de rhums des départements d'outre-mer, embouteillé à Blanquefort, près de Bordeaux, à 40 % vol., sous une dénomination légale qui interdit l'édulcoration. Composition, cadre légal, usages en cuisine et prix (autour de 15 € le litre) : voici notre avis, sources à l'appui.
Le Negrita en bref
Nous n'avons ni dégusté cette bouteille ni cuisiné avec pour cet article : cet avis est une synthèse documentaire des sources citées. Elles décrivent un rhum d'assemblage que la marque destine d'abord à la cuisine.
| Critère | Rhum Negrita (ambré, grande distribution) |
|---|---|
| Dénomination légale | Rhum traditionnel des départements français d'outre-mer |
| Origine des rhums | Guadeloupe, Martinique et La Réunion, selon la maison |
| Matières premières | Rhums de mélasse et rhums de jus de canne, jeunes ou vieux, selon la maison |
| Assemblage et mise en bouteille | Bardinet, Domaine de Fleurenne, Blanquefort (Gironde) |
| Degré | 40 % vol. |
| Formats | 20 cl, 50 cl et 1 litre |
| Âge | Aucune mention d'âge |
| Sucre | La mention « traditionnel » exclut l'édulcoration (règlement européen 2019/787) ; caramel colorant autorisé |
| Prix indicatif | 14,76 € le litre chez Auchan (relevé du 1er août 2026), 14,89 € chez Carrefour (page consultée) |
Ce qu'il y a dans la bouteille
Sur sa page consacrée à la fabrication, Bardinet décrit un assemblage réalisé à Blanquefort : ses maîtres assembleurs sélectionnent des rhums de Guadeloupe, de Martinique et de La Réunion, « rhums de sucrerie ou rhums agricoles, vieux ou jeunes », les réduisent à l'eau distillée puis les marient. Il faudrait « près de 7 rhums différents » pour obtenir le profil recherché, selon une recette qui, d'après la maison, ne varie pas.
Comme l'assemblage contient des rhums de mélasse, il ne peut pas se présenter comme un rhum agricole, mention réservée au pur jus de canne. En 2017, The Spirits Business écrivait d'ailleurs que le Negrita Original vendu en France associait des rhums de jus de canne et de mélasse. Le même article affirmait que tout le liquide venait des Caraïbes, alors que le site français cite La Réunion : nous rapportons les deux versions, faute de pouvoir trancher.
Côté étiquette, la fiche de la bouteille d'un litre chez Auchan donne la dénomination légale : « Rhum traditionnel des départements français d'outremer ». Ce n'est pas un détail de vocabulaire.
Ce qu'implique la mention « traditionnel »
« Rhum des départements français d'outre-mer » est une indication géographique. Son cahier des charges impose au moins 40 % vol. à la vente et au moins 225 g de substances volatiles (les composés aromatiques autres que l'alcool) par hectolitre d'alcool pur. Le règlement européen 2019/787 ajoute que la mention « traditionnel » suppose une distillation à moins de 90 % vol. et un rhum non édulcoré. Pour un rhum ordinaire, le plafond est de 20 g/L de produits édulcorants, exprimés en sucre inverti.
Cette dénomination déclarée implique donc l'absence d'édulcoration. Elle ne remplace pas une analyse : nous n'avons trouvé aucune mesure publiée de la teneur en sucres du Negrita. Le même règlement autorise en revanche le caramel pour ajuster la couleur de tout rhum. À titre de comparaison, un Captain Morgan Original Spiced Gold, aromatisé, est vendu comme boisson spiritueuse et non comme rhum. Pour repérer le sucre sur d'autres bouteilles, voyez notre dossier sur le sucre ajouté dans le rhum.
Transgourmet déclare du caramel E150a dans les versions professionnelles à 44 % et 54 %. Pour le 54 %, le distributeur Médelys indique « Rhums (99%) et caramel E150A (moins de 1%) ». Ces fiches ne documentent pas la composition du 40 % vendu en grande surface, dont la fiche consultée ne liste pas d'ingrédients.
Une gamme pensée pour la cuisine
Le site de la marque se présente comme « la référence du rhum gastronomique en France » et range ses formats sous l'étiquette « Rhum Arôme ». En grande surface, on trouve la version ambrée à 40 % en 20 cl, 50 cl et 1 litre. Les cuisines professionnelles ont droit à deux versions plus fortes, distribuées par des grossistes comme Transgourmet, qui les décrit comme des assemblages de rhums de mélasse :
- Spécial pâtisserie, 44 %, avec caramel E150a ;
- Double arôme, 54 %, un assemblage de rhums « très aromatiques » des DOM-TOM.
En Espagne, Bardinet vend aussi un Negrita à 37,5 % : ce n'est pas la bouteille française à 40 %.
Bardinet, une maison fondée à Limoges en 1857
L'histoire commence chez un liquoriste. D'après The Spirits Business, Paul Bardinet, jeune fabricant de liqueurs à Limoges, s'intéresse en 1857 au tafia, l'eau-de-vie de canne qui arrive alors des îles par bateau. Il la fait reposer en fûts de chêne et travaille ses assemblages jusqu'à trouver sa formule. La marque Negrita est déposée en 1886. En 1895, son fils Édouard installe l'affaire à Bordeaux, plus près des navires chargés de rhum. La maison s'établit au Domaine de Fleurenne, à Blanquefort, au milieu des années 1970, puis rejoint le groupe La Martiniquaise en 1993.
Le nom vient de l'étiquette. Selon la même source, des clients espagnols réclamaient « el ron de la Negrita » en voyant le portrait d'une jeune femme antillaise sur les affiches. Ce visage, retravaillé par l'illustrateur Max Camis puis par l'affichiste Bernard Villemot, est souvent présenté comme l'une des plus anciennes images de la publicité française. Il ne fait pas l'unanimité : dans un article de 2020, le blog spécialisé The Lone Caner s'interroge sur le maintien de cette image et de ce nom. La marque a conservé son icône.
Au nez et en bouche : ce qu'en disent la marque et les amateurs
La description du producteur, reprise par les enseignes, annonce une robe ambrée, un nez « complexe » et une bouche ronde, avec des fruits jaunes et exotiques puis des notes grillées et vanillées. Côté amateurs, la page RumX consultée le 11 octobre 2026 indique 3,0/10 pour la référence à 40 %, sur huit avis. L'échantillon est trop réduit pour généraliser. La marque met notamment en avant ses usages en pâtisserie.
Pour comparer avec un autre ambré de grande distribution, voyez notre avis sur le Saint James Royal Ambré (Martinique). Et notre article sur la couleur du rhum explique pourquoi une robe ambrée ne dit rien de l'âge.
En cuisine : crêpes, baba, flambage
Sans essai culinaire de notre part, nous ne pouvons pas juger sa tenue à la cuisson face à d'autres rhums. Voici les usages que la marque met en avant, et nos ressources sur chacun :
- Crêpes : pour une dizaine de crêpes, la marque conseille un demi-bouchon à un bouchon, versé à la fin, une fois la pâte mélangée. Les alternatives sont détaillées dans notre guide quel rhum pour les crêpes.
- Baba et savarin : le rhum parfume le sirop d'imbibage. L'histoire du gâteau est racontée dans qui a inventé le baba au rhum.
- Flambage : si la flamme ne prend pas, notre article pourquoi mon rhum ne flambe pas passe en revue les causes.
- Boissons chaudes : la marque le cite aussi pour le grog, détaillé dans notre recette du grog.
L'alcool ne disparaît pas à la cuisson
Beaucoup pensent le contraire. La table de référence du ministère américain de l'Agriculture (USDA, 2007) estime la part de l'alcool initial conservée selon la méthode :
| Préparation | Part de l'alcool initial conservée (estimation USDA) |
|---|---|
| Flambé | 75 % |
| Alcool non incorporé au mélange, cuisson au four 25 minutes | 45 % |
| Alcool incorporé, puis cuisson au four ou mijotage 15 minutes | 40 % |
| Alcool incorporé, puis cuisson au four ou mijotage 1 heure | 25 % |
| Alcool incorporé, puis cuisson au four ou mijotage 2 h 30 | 5 % |
Ces pourcentages représentent la part de l'alcool de départ restant dans les préparations étudiées, pas le degré du dessert, et ils ne prédisent pas précisément chaque recette. Quant au rhum ajouté après cuisson, comme dans l'imbibage d'un baba, rien ne garantit son élimination. À garder en tête quand le dessert est destiné à des enfants ou à une femme enceinte : pour eux, mieux vaut une version sans alcool.
Notre avis : atouts et limites
Pas de note chiffrée : sans dégustation de notre part, nous préférons poser les éléments.
Atouts. Une dénomination légale contraignante (rhum traditionnel des DOM, 40 % minimum, non édulcoré), un assemblage que la maison dit stable d'un lot à l'autre, plusieurs formats et un prix bas : 14,76 € le litre dans un relevé RadarSuper chez Auchan du 1er août 2026, 14,89 € sur la page Carrefour consultée le 11 octobre 2026. Prix indicatifs, variables selon le magasin et la date.
Limites. Aucune mention d'âge, une liste d'ingrédients absente de la fiche grand public consultée, aucune mesure de sucre publiée, une origine exacte des rhums qui varie selon les sources, et une note RumX basse, sur un petit nombre d'avis. Reste l'étiquette, dont l'imagerie divise.
Si vous l'achetez pour la pâtisserie, c'est l'usage que la marque revendique. Pour un rhum arrangé, regardez aussi du côté des rhums blancs de La Réunion, et pour comprendre l'une des deux matières premières de cet assemblage, voyez le rhum de mélasse. L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.
Sources : Negrita, « La fabrication » ; fiche Auchan, Negrita 40 % 1 L (consultée le 11 octobre 2026) ; The Spirits Business, septembre 2017 ; règlement (UE) 2019/787, version consolidée ; cahier des charges de l'IG « Rhum des départements français d'outre-mer » ; Transgourmet, 44 % et 54 % ; Médelys ; RadarSuper ; RumX ; USDA, Table of Nutrient Retention Factors, Release 6.